Port de pêche – « On a hâte de reprendre la mer »

Francis Favroul attend la ré-ouverture de la pêche. photo : un homme à moustache devant un bateau de pêche

Ce vendredi 21 février est levée l’interdiction de pêche dans le golfe de Gascogne. Depuis un mois, les marins arcachonnais étaient à quai conformément aux directives nationales pour la protection des cétacés.

« Forcer la mer » dans des passes parmi les plus dangereuses du monde.

Malgré des conditions météo difficiles annoncées cette fin de semaine, des équipages vont sortir et tenter de « forcer la mer ».

Le Bassin d’Arcachon, petite mer intérieure protectrice, révèle tous ses dangers quand il s’agit d’en sortir. Les passes ont joué leur rôle meurtrier à plusieurs reprises. C’est la raison pour laquelle un système de déchargement du poisson à Royan a été mis en place par Yves Herszfeld, ancien directeur du port de pêche. Des camions frigorifiques viennent récupérer le poisson des bateaux arcachonnais et l’acheminent jusqu’à la criée d’Arcachon. Évitant, de fait, aux pécheurs des aller-retour dans les passes durant les mois d’hiver.

Franck Lalande, armateur arcachonnais a, lui, fait le choix de délocaliser ses bateaux dans le sud de la Bretagne. Il ne reviendra qu’au mois de mai, aux beaux jours. « Pour ne pas prendre le risque de mettre en danger mes hommes ».

Ces passes, Francis Favroul, 68 ans, les connait bien. Il a découvert l’océan à l’âge de 20 ans et à la veille de la reprise de la pêche, il est fébrile : «On prépare les bateaux, on espère pouvoir reprendre la mer très vite.»

Ses équipages partent pour 4 à 8 jours de pêche dans des conditions parfois difficiles mais qui fédèrent les hommes.

« Partir en mer, c’est la liberté. C’est un autre monde. Et l’équipage devient une deuxième famille. On s’isole de la civilisation… et ça nous fait du bien parfois !

Francis Favroul
Francis Favroul témoigne ce jeudi 20 février, depuis le port de pêche d’Arcachon

Car à terre, les armateurs composent avec ce qu’ils considèrent être « un obscurantisme administratif » qui pèse sur le moral. Et de donner un exemple : « on sait que les conditions de sortie du Bassin vont être dures ce week-end. On a donc demandé l’autorisation de sortir un jour plus tôt et d’attendre devant les passes l’heure de la reprise. Ça nous a été refusé et on ne comprend pas pourquoi. Cela va conduire les marins à prendre des risques énormes ! »

« Le métier de pêcheur est parmi les plus surveillés et controlés qui existe ! »

Cette lourdeur administrative déconnectée des vicissitudes de l’océan est aussi constatée par Germain Stoldick, directeur général du port depuis 2021.

Quotas, interdiction, méthodes et zone de pêche…  Les pêcheurs ne sont pas complètement contre. Car oui, il faut protéger la ressource et pratiquer une pêche durable et responsable. « Mais les règles ne sont pas uniformes et on a le sentiment d’être pointé du doigt trop vite. C’est oublier que nous sommes les premiers à vivre de ce que nous offre la mer » confie Francis Favroul.

Ce que craint Germain Stoldick, c’est que ces décisions « venues d’en haut » et parfois incomprises ne découragent une profession qui peine déjà à recruter. « Ces gens perpétuent une tradition, une identité et un patrimoine du Bassin d’Arcachon et du littoral atlantique.  Il faut être en soutien.»

« Dire aux jeunes qu’il y a un avenir »

Parmi les équipages, très peu de français. Il y a des Sénégalais, des Ukrainiens, des Portugais. Aujourd’hui ce sont eux qui permettent de maintenir l’activité dans les ports.

Pourtant, la profession a des atouts à faire valoir, trop peu connus des jeunes qui campent sur des préjugés. « Chez nous, un marin perçoit en moyenne 4000 euros par mois, défend Franck Lalande. Le métier est dur c’est vrai, mais il permet de vivre très confortablement sans compter qu’un marin a beaucoup plus de jours de congés qu’un employé à terre. » Jusqu’à 4 mois de repos en cumulés sur l’année.  

Et l’enjeu est important. Car un marin fait vivre en moyenne 5 à 6 hommes à terre. Derrière chaque bateau se cache toute une filière, dépendante d’une bonne ou d’une mauvaise pêche. Criée, mareyeurs, réparateur… certains sont les grands oubliés de cette interdiction de pêche hivernale. Les bateaux perçoivent des indemnités, mais les criées qui réceptionnent le poisson et organisent la vente ne reçoivent aucune compensation. « On met nos salariés en congés, on emploie moins d’intérimaires. »

Si on tient le coup, c’est parce que nos pêcheurs ramènent du poisson de très bonne qualité,

Germain Stoldick.

Les bateaux de pêche toujours à quai dans le port ce jeudi 20 février.

Faire une pêche de qualité avant de faire de la quantité

Sur la criée d’Arcachon, 30% du poisson est classé E (excellent), 69,5% est classé A (bonne qualité) et seulement 0,5% revient en B (consommable mais dégradé) Un ratio qui permet de vendre le poisson à un très bon prix moyen: le 3ème  plus élevé de France. Aussi, grâce aux richesses qu’offre le golf de Gascogne : soles, bars… des poissons « nobles » parmi les plus prisés.

Faire de la qualité avant de faire de la quantité, c’est la volonté du port de pêche. Mais c’est aussi le cours de l’histoire. Il y a 20 ans, le port de pêche d’Arcachon comptait près de 20 chalutiers et autant de fileyeurs, pour 4000 tonnes de poisson par an. Aujourd’hui, ils sont 5 chalutiers et 11 fileyeurs pour 1300 tonnes de poisson/an.

Soutenir la profession, c’est avant tout consommer du poisson frais et local. En France, 80% du poisson consommé est importé. Et 75% ne provient pas de la pêche mais d’élevages.

Ce jeudi sur le port, bateaux et marins sont prêts. Résilients à terre comme à la mer pour perpétuer un savoir-faire et « un métier passion, sans concession ».

Reportage du 7 janvier 2022 : « Les hommes des passes »

-> Toute l’actualité de la ville d’Arcachon sur ce lien

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