Déclin des palourdes en Europe: un congrès international à Arcachon

« La flotte des pêcheurs de palourdes a été décimée en l’espace de 4 ans »

C’est avec émotion que Delphine Moulin, pêcheuse professionnelle de palourdes témoigne du déclin drastique de l’espèce sur le Bassin d’Arcachon. Un constat partagé partout ailleurs en Europe et qui a conduit à l’organisation d’un congrès international du 8 au 10 septembre sur le Bassin d’Arcachon.

La palourde : 40 ans d’histoire sur le Bassin d’Arcachon

C’est à la suite de la crise ostréicole des années 70 que la palourde asiatique est introduite sur le Bassin d’Arcachon afin de diversifier les cultures. Son élevage ne prend pas auprès des professionnels qui privilégient l’ostréiculture. Pourtant au fil des ans, l’accroissement naturel de l’espèce sur le territoire conduit au développement d’une filière de pêche à pied spécialisée.

Delphine Moulin, faisait partie de ces pêcheurs. Mais désormais, c’est le déclin des palourdes qui est constaté et qui force ces professionnels à cesser leur activité. Les chiffres sont sans appel : un pêcheur pouvait espérer pécher 80kg à la marée, il y a 10 ans. Aujourd’hui c’est seulement 4 à 5kg. Une quantité bien trop insuffisante pour en vivre.

Des chiffres corroborés par les relevés scientifiques : 500 points de relevages sont estimés tous les 3 ans. En 2021, il permettaient d’estimer le stock de palourdes sur le Bassin d’Arcachon à 8000 tonnes contre 4000 tonnes en 2024.

Un déclin généralisé en Europe

En Italie, en Galice… partout en Europe, les populations de palourdes sont en déclin. Seule la Normandie sort son épingle du jeu, probablement en raison d’élevages de l’autre côté de la Manche qui permettraient d’alimenter artificiellement les populations.

Mais qu’elles en sont les causes ?

Alors que les ressources halieutiques comme la sole ou le thon disposent d’instances internationales pour harmoniser les pratiques, la palourde restait sans véritable cadre de partage.

Pour la première fois, un congrès était donc organisé en France, à Arcachon en début de semaine, qui rassemblait 110 scientifiques européens et asiatiques.

Les connaissances apportées par les chercheurs coréens et japonais est fondamentale car la palourde est originaire de leur territoire, ils ont donc une grande antériorité dans les recherches, explique Nathalie Caill-Milly de l’IFREMER.

Il en résulte que les causes du déclin de la palourde sont multiples et principalement liées au changement climatique :

  • Ce dernier conduit à un changement global de l’écosystème, à la colonisation des milieux par de nouvelles espèces potentiellement prédadrices (crabe bleu en Italie / hexaplex trunculus sur le Bassin d’Arcachon), mais aussi à la baisse des qualités nutritives du phytoplancton.
  • L’invasion de la moule asiatique Arcuatula senhousia est également mise en avant. Guillaume Bernard, chercheur en écologie benthique au laboratoire Ifremer d’Arcachon-Anglet, souligne l’impact de cette espèce originaire d’Asie, présente dans le bassin depuis le début des années 2000.
  • Enfin, autre facteur aggravant : la faible variabilité génétique de la palourde japonaise résultant d’un nombre restreint d’individus introduits initialement. Ces caractéristiques réduisent la capacité d’adaptation face aux pressions environnementales et rendent les deux espèces vulnérables selon Florentine Riquet, chercheuse en génétique des populations à l’Ifremer de La Tremblade

Insister sur les bonnes pratiques dans les vasières

Pour Delphine Moulin, compte tenu des pressions qui pèsent sur la palourde, il est essentiel de redoubler de pédagogie.

Le patin, n’est pas un outil à reléguer dans les musées !

Quand on sait que l’essentiel de la ressource se situe à moins de 15 cm de la surface, on comprend que le piétinement des vasières peut avoir un impact sur les populations de coquillages, ajoute Delphine qui milite pour d’avantage d’information des promeneurs, pêcheurs de loisir et scolaires.

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amelo
amelo
4 mois il y a

Pas un mot sur le réchauffement climatique !!! Étonnant non ………….