Septembre 1915 – Le peintre Georges Rouault écrit à l’écrivain André Suarès : « Ici nous sommes dans les bois de pins. L’air est exquis. Mais la vie est primitive. Les marchands passent en voiture pour nous ravitailler et c’est assez cher. Ce n’est pas du fait de la guerre. L’océan est à deux heures de là (on l’entend parfois), l’air tamisé par les bois de pins est très doux. Les enfants reprennent peu à peu des couleurs, ce qui est une consolation. Nous sommes dans une petite pièce très à l’étroit (un chalet en bois).
D’un côté, les bois de pins qui touchent la maison, de l’autre, la baie d’Arcachon. Mais pour le confortable, il faut voir ailleurs. Des sandales aux pieds et vêtus sommairement dans ce pays de résiniers et de parqueurs d’huitres, nous voilà loin des évènements tragiques de l’heure présente. J’ai renoncé à tout travail pendant ce mois passé ici, je compte retrouver avec un œil frais mes tableaux. »
Image de Une : ©Office de Tourisme de Lège-Cap Ferret – Agence Les Conteurs.
1915 : le début de la reconnaissance pour Rouault
La guerre est déclarée depuis un an et les populations sont plongées dans le désarroi, l’illusion d’un conflit rapide s’estompe et la guerre des tranchées débute. Rouault, né en 1871, avait déjà plus de 40 ans au déclenchement des hostilités, en raison de son âge et de problèmes de santé, il n’a pas été mobilisé sur le front.
Par ailleurs, dans cette période, son œuvre commence à être reconnue par les collectionneurs et les marchands. Ce peintre a travaillé avec Gustave Moreau, pionnier du mouvement symbolisme, et il a été conservateur du musée Gustave Moreau. Lors de son séjour aux Jacquets, il habite chez son ami Émile Brunet (1869-1943). Amis de longue date, ils ont étudié à l’école nationale des beaux-arts de Paris. Rouault et Brunet affirment leurs œuvres dans ce courant empreint de spiritualité et d’onirisme.
Brunet, l’ami solitaire qui vit aux Jacquets
Brunet a acheté en 1904 une maison de pêcheurs, il y réside souvent et il reçoit ses camarades comme son ancien élève André Lhote. Il a abandonné tout plan de carrière et il ne connait pas un grand succès commercial, mais il ne recherche guère la notoriété. Solitaire et pauvre, il s’éprend des panoramas en clair-obscur du Bassin et il offre toute son imagination à ces paysages. Il se retire en 1938 aux Jacquets et il y décède en 1943.
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Article de Isabelle Antonutti – Société Historique et Archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch. À retrouver sur ce lien : https://www.shaapb.fr/



