Dans les rivières, les fossés et les étangs des Landes de Gascogne, la loutre est autrefois un animal aussi discret que convoité. On la recherche pour sa fourrure épaisse, souple et imperméable, dont la qualité fait la valeur. Mais le pêcheur et le chasseur voient surtout en elle un concurrent : la loutre mange les poissons des rivières et s’attaque parfois aux canards.
Elle devient donc une bête à traquer. Lorsqu’elle est repérée loin de son terrier, les chiens sont lancés à sa poursuite. La loutre connaît parfaitement son territoire. Elle file entre les berges, plonge dans l’eau et cherche à rejoindre l’une des cavités qui lui servent de refuge. C’est là que commence le véritable combat. Pour empêcher sa fuite, les chasseurs peuvent tendre des filets à l’entrée du terrier, parfois en amont et en aval. Mais la loutre n’est pas une proie facile. Sa mâchoire puissante lui permet de mordre et de déchirer les mailles du filet. Lorsqu’elle se retrouve acculée, elle se défend avec une étonnante vigueur. Les chiens qui l’affrontent ne sont pas à l’abri de ses morsures. Il arrive que les chasseurs organisent une battue. Deux équipes se placent de part et d’autre du territoire, tandis que deux ou trois chiens prennent la piste. Il faut empêcher l’animal de regagner son repaire. Si elle tente malgré tout de s’y réfugier, les chasseurs espèrent que le filet placé à l’entrée l’arrêtera. D’autres méthodes sont plus brutales encore. Des fourches ou des harpons métalliques peuvent être utilisés pour déloger l’animal de son abri. Mais une loutre transpercée ou blessée voit sa fourrure abîmée et perd alors une partie de sa valeur. Pour le chasseur, il faut donc capturer l’animal tout en préservant au mieux sa précieuse dépouille.
Cette époque appartient désormais à l’histoire. La perception de la loutre change progressivement et la protection de l’espèce devient une priorité. En France, l’arrêté d’avril 1981 marque une rupture décisive : la loutre est alors protégée sur l’ensemble du territoire. Sa capture et sa destruction sont interdites. Aujourd’hui, imaginer ces hommes, leurs chiens, leurs filets et leurs pièges au bord des cours d’eau permet de mesurer le chemin parcouru. La loutre, autrefois traquée pour sa peau et accusée de voler le poisson des pêcheurs, est devenue le symbole d’une nature que l’on cherche désormais à préserver.
Article de Isabelle Antonutti.
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